Liège, Rigoletto

Un catalogue d'airs

A l’Opéra de Liège, ce sont les airs -, un catalogue d’airs - qui confèrent son pesant d’émotion et de bonheur lyriques, confirmés par les applaudissements enthousiastes du public, au " Rigoletto "de Verdi dirigé par Giampaolo Bisanti et mis en scène par Stefano Mazzonis di Pralafera.
Rigoletto : l’homme qui rit ! Ou plutôt l’homme qui riait et qui jamais plus ne rira ! Le voilà donc, lui, le bossu, le bouffon du Duc de Mantoue, l’âme damnée de ce redoutable séducteur, empressé à prévenir ses moindres caprices, se moquant de ceux dont il se moque, accablant ceux qu’il accable. Comme il rit cet homme-là ! Et quelle haine il suscite ! Et pourtant, il a un secret, un merveilleux secret, sa fille Gilda, qu’il tient à l’écart du monde, qui ignore tout de la vie de son père. Mais les pères ne peuvent rien contre les sentiments de leurs filles et le destin a plus d’un tour dans son sac. De quiproquo funeste en quiproquo funeste, la fatalité tragique emportera Rigoletto. Il ne rira plus jamais !
Une première raison de la fascination de cet opéra de Verdi, c’est son livret, une réussite d’adaptation du " Roi s’amuse "de Victor Hugo par Francesco Maria Piave. Quelle puissante caractérisation des personnages, et comme il se déroule inexorablement le ressort de cette tragédie qui verra la fille tant aimée venir se jeter elle-même devant le poignard destiné par son père au vil séducteur qu’elle ne peut cependant s’empêcher d’aimer.
Ce " scénario ", Verdi l’a merveilleusement magnifié dans une partition accomplie, de celles que l’on n’oublie pas après les avoir entendues une fois. Raillerie impitoyable, espièglerie insouciante, amour fou, désespoir tout aussi fou, affrontements, abattement : tout un catalogue de sentiments si forts et pourtant si nuancés. Une partition qui est aussi et surtout un bonheur pour les voix, pour toutes les voix ! La place nous manque pour évoquer ces merveilleux dialogues entre un instrument (la flûte par exemple) et l’un des personnages, l’intensité des ensembles, l’atmosphère terrible de la nuit fatale. Cette chance, les solistes, le chef et l’orchestre ne l’ont pas laissé passer.
D’autant plus que la mise en scène de Stefano Mazzonis di Pralafera nous propose comme une succession d’images typiques, d’images typées : modeste dans la traditionnalité de ses apparences scénographiques, dans ses mises en place, elle ne distrait pas de l’essentiel : la tragédie est définitivement musicale. C’est dans les notes de Verdi, c’est grâce aux voix des solistes qu’elle prend son irrésistible, son inexorable essor.
Avec ce " Rigoletto ", le directeur de l’Opéra de Liège qu’est aussi Stefano Mazzonis di Pralafera a décidé de faire un magnifique cadeau de Noël au plus large public possible. Alors qu’un des problèmes de l’opéra est qu’il est souvent difficile d’y trouver un siège, il a réuni deux distributions qui permettront des représentations quasi chaque soir jusqu’au 2 janvier !
Stéphane Gilbart
(photo Lorraine Wauters – Opéra Royal de Wallonie-Liège)

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